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Il y a vingt-six ans à Tizi Ouzou, exactement le dimanche 20 avril 1980 à une heure du matin, les « forces de l’ordre » lancent une opération musclée dénommée « mizrana » contre des lieux (campus universitaires, usines et l’hôpital de la ville) occupés par des étudiants et des travailleurs, suites aux différentes manifestations de protestation qui ont suivi l’interdiction, le 10 mars 1980, d’une série de conférences, ultérieurement autorisées, de Mouloud MAMMARI portant sur la poésie kabyle ancienne, des centaines d’étudiants en sortirons mutilés, des manifestations et des affrontements s’en suivront, jusqu’à la libération des 24 détenus, ceci restera dans l’histoire comme le Printemps Berbère (Tafsut Imazighen).

Il y a cinq ans, à partir du 18 avril 2001 et durant au moins trois années, exactement, depuis l’assassinat du jeune lycéen Massinissa GUERMAH, dans les locaux et par les éléments de l’ex brigade de gendarmerie des At Douala, et l’enlèvement, par d’autres gendarmes, à Amizour (Bgayet) le 22 avril 2001, de trois collégiens, devant leur professeur en plein cours d’éducation physique, au moins 114 personnes ont été assassinées, des milliers sont restés handicapé à vie, suite aux différentes manifestations ayant suivis ces deux événements déclencheurs de ce qui est convenu d’appeler le Printemps Noir (Tafsut Taberkant).                  

Cette année, malgré le fait que la célébration de ces deux anniversaires se déroule dans les quatre coins de la planète, la preuve en est la multitude de programmes que la rédaction de Kabyle.com a eu à traiter, elle ne fait pas l’unanimité en Kabylie, lieux de départ des deux « printemps », car quand, certains, célèbrent le Printemps Berbère en omettant le Printemps Noir, d’autres célèbrent le Printemps Noir en omettant le Printemps Berbère, ceci ne veut dire, ni plus ni moins, que c’est une occultation de l’Histoire, des manœuvres politiciennes qui ne visent qu’à mettre en scène, la participation, des uns et des autres, dans l’un de ces événements, qui représentent deux véritables repères, complémentaires, pour notre peuple.

A Tizi Ouzou, la commémoration de l’anniversaire des deux « printemps » est emprunte d’un cachet inhabituel, à la fois par le nombre de manifestations prévues à cet effet que par le nombre d’organisations qui se sont attelées à leur organisation, il est juste à signaler que pour cause d’absence de concertation et de collaboration entre ces dernières, les activités se chevauchent sans, pour autant, créer une synergie.

Au chef lieu du département, les activités seront concentrées au sein de la Maison de la Culture de Tizi Ouzou, où un colloque « Itinéraire d’un AMUSNAW » est organisé en hommage à Mouloud MAMMERI, il s’étalera du 17 au 21 avril, il sera essentiellement question de conférences-débat et de représentations théâtrales, ceci sera accompagné par une exposition permanente, la médiathèque de Tizi Ouzou verra aussi l’organisation d’un lot d’activités.

L’aile dite « dialoguiste » de la Coordination des Archs et Communes de Tizi Ouzou (C.A.D.C.) informe, à travers un affichage fortement placardé sur les murs de la ville, qu’un recueillement sera organisé sur la tombe de Massinissa GUERMAH, le 18 avril 2006, à partir de 10 heures, elle appelle à une grève générale et à une marche populaire pour la journée du 20 avril 2006, à partir de 10 heures, elle compte aussi marquer la journée du 22 avril, par un rassemblement à Amizour (Bgayet).

L’aile dite « anti-dialoguiste » de la Coordination des Archs et Communes de Tizi Ouzou (C.A.D.C.) appelle, à travers un communiqué parvenu à notre rédaction, daté du 17 avril et signé par sa présidence tournante, à une marche populaire pour la journée du 20 avril, l’itinéraire et l’horaire ne sont pas signalés.

Les étudiants ne sont pas en reste, la Coordination Locale des Étudiants (C.L.E.), organisation réunissant les principaux comités autonomes de l’Université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou, appelle les étudiants, à travers un communiqué rendu public, à une marche pour le jeudi 20 avril à partir de 10 heures, du campus d’Ihesnawen (Hasnaoua) à la cité administrative du département, ce pour revendiquer « Tamazight langue officielle, l’instauration des libertés démocratiques, le respect des droits de l’homme et la mise en place d’une véritable Université à Tizi-Ouzou », tout en inscrivant l’action dans « la continuité et la fidélité aux combats de leurs aînés et aux traditions de lutte des anciennes générations », et pour se distinguer des autres marcheurs, ils assènent que « ni l’argent sale, ni la structuration de la délinquance, ni les clients dialoguistes, ni l’impunité accordée aux sanguinaires islamistes n’empêcheront le Printemps Berbère de continuer à fleurir ».

Le Mouvement Culturel Berbère (M.C.B.) organise, quant à lui, au local du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (R.C.D.), sise aux Bâtiments bleus (Tizi Ouzou), une série de conférences à partir du 19 avril 2006, à côté des invités et conférenciers nationaux, des conférencier étrangers, comme Meryem Demnati et un ex membre de l’IRCAM (Institut Royal de la Culture Amazighe) prendront part à ces activités.

A Bgayet, la Coordination Intercommunale de Bgayet (C.I.C.B.) lance un appel à la population, à travers un affichage placardé un peu partout à travers les localités du département, à une grève générale et à participer à une marche populaire qui débutera, à partir de 10 heures, de la Maison de la Culture Tawes Amrouche, pour la journée du 20 avril 2006, pour emprunter l’avenue Krim Belqacem, sans pour autant signaler son point de chute.

La journée du 19 avril sera marquée, à Sidi Aïch, par l’organisation d’une marche populaire, à l’issue de laquelle une stèle commémorative, à l’effigie de Mouloud MAMMERI, sera inaugurée sur la place publique jouxtant la salle Youcef Abdjaoui, de la même localité, ceci « en hommage à tous les militants impénitents de l’amazighité et de la démocratie », mais aussi « une message aux générations futures pour perpétuer et fructifier le combat de cette figure emblématique en faveur de la citoyenneté ».

A Bgayet toujours, un groupe de militants de la cause amazighe, qui se définissent comme les « Signataires de la déclaration de Tifrit », dont, entre autres, Ferhat Mehenni, Ahmed Aït Bachir, Idir Aït Mammar et Younès Adli, appellent la population à participer massivement à une marche populaire qui aura lieu le jeudi 20 avril 2006 à partir de 11 heures à Akbou. Le point de départ de la marche sera le lycée HAROUNE (près de l’hôpital) et elle se terminera par le dépôt d’une gerbe de fleurs au monument aux morts, à la place colonel Amirouche, ses mots d’ordre seront : « Une nouvelle approche politique consensuelle et unitaire », « La refondation de l’État national en dehors de la conception uniciste et centralisée », « La reconnaissance officielle de la langue amazighe », « Le respect du sacrifice suprême de nos martyrs », « Le respect des libertés démocratiques », « Le droit à la vérité et à la justice ».

Bien plus que les activités dont nous avons eu l’écho, un peu partout, les deux « printemps » seront célébrés, à Tubirett (Bouira) par exemple, des activités auront lieu. Sans vouloir porter atteinte à quiconque, nous restons convaincus qu’il n’y a que les gens qui activent dans l’ombre qui restent fidèles aux idéaux du Printemps Berbère et, surtout, du Printemps Noir, car ils restent à l’abris des récupérations malsaines, quoiqu’il en soit, ayant une pensée singulière, en ces journées du souvenir, à ceux que nous avons perdus, aux pionniers de la revendication identitaire, ceux qui ont eu à payer leur engagement de leur chair.