titre17Imaginez que ce soit un berbère qui dise à monsieur Bouteflika :

"La colonisation a réalisé un génocide de notre identité, de notre histoire, de notre langue, de nos traditions". Parce qu'avant la colonisation française, il y a eu la colonisation turque et si toutes deux ont pris fin, la colonisation arabe de la Berbérie continue de nos jours et les Kabyles, Chaouis, Mozabites, Touaregs et tous les peuples autochtones ont eu droit et ont encore droit à un génocide de leur identité, de leur histoire, de leur langue, de leurs traditions.

Qui ne sait guider sa tribu accuse les étoiles (vieux proverbe berbère)

"Bouteflika ne parle pas des enjeux actuels"
par Claude Liauzu, historien.

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a relancé polémique sur la présence française en Algérie, en dénonçant un "génocide de l'identité" algérienne entre 1830 et 1962. Selon vous, ses propos sont-ils dictés par une véritable volonté de voir la France affronter son passé colonial ou par le contexte actuel de négociation du traité d'amitié entre les deux pays?

- Le président Bouteflika n'est ni un maître d'école, ni un professeur d'histoire. C'est un homme politique et comme tout homme politique, il utilise l'histoire comme un instrument. Il met en avant le passé de l'Algérie mais ne parle pas des enjeux actuels, qui portent sur le prix du pétrole, les services secrets français et algériens et le problème des frontières du Sahara.
Alors que ces contentieux sont au cœur des difficultés, bien plus que les querelles concernant le passé commun des deux pays. Enfin, il faut rappeler que les historiens français ont été bien plus rapides à dénoncer l'article 4 de la loi du 23 février 2005 que le président algérien, qui a réagi quatre mois après sa promulgation. Ce qui confirme les doutes quant à une instrumentalisation du passé.

Peut-on penser que les différentes déclarations d'Abdelaziz Bouteflika relatives à la période coloniale servent à consolider sa position en Algérie, en se posant comme l'homme qui tient tête à l'ancienne puissance occupante?

- Bien sûr. Des deux côtés ce passé est très fort et encore très présent. Et depuis 1962, en Algérie, toutes les légitimités successives ont reposé sur la guerre de libération. Bouteflika insiste d'autant plus sur ce sujet, qu'il était jeune à cette époque. Ben Bella, qui y avait directement participé, n'avait pas à le faire. Face aux autres forces politiques du pays, notamment les islamistes, l'actuel président se doit, pour asseoir sa légitimité, de revendiquer les combats de ses aînés (*).
En revanche, des sujets comme l'antisémitisme fort, et préoccupant, qui règne au Maghreb, et notamment en Algérie, est complètement occulté*.

L'opinion algérienne condamne-t-elle unanimement ce passé colonial ou existe-t-il, comme en France, des nostalgiques de cette période?

- La société algérienne est profondément divisée sur ce sujet, tant aujourd'hui qu'au moment de la guerre. En témoigne notamment, à l'époque, l'existence des harkis, qui n'étaient pas, contrairement aux propos de Bouteflika, des collabos mais des hommes qui se sont engagés souvent en réaction à la dureté des violences du FLN. C'est à la fois la société française et la société algérienne qui ont produit les harkis.
Cette histoire est très complexe, et quant à savoir s'il existe des nostalgiques de cette époque, j'espère en tous cas qu'il n'y en a pas trop.
On assiste en ce moment à un raidissement nationaliste algérien, mais sans être colonialiste, je pense que l'on ne peut pas simplifier cette période en disant que la présence française a été un véritable enfer ou au contraire le paradis. Prenons l'exemple de l'écrivain Kateb Yassine, qui a d'abord écrit en français avant d'apprendre l'arabe et le berbère. Il parle de son travail comme d'une "prise de guerre". La prise de parole en français a constitué un instrument de libération. D'autre part, je doute qu'il soit déshonorant pour les Algériens qu'une écrivaine algérienne, Assa Djebar, soit membre de l'Académie Française.

Propos recueillis par Solène Cordier (mardi 18 avril 2006)

(*) NDLR: Claude LIAUZU laisserait entendre que monsieur Bouteflika n'a pas participé à la guerre de libération? Des preuves, vite des preuves.

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