Ce traité d’amitié, qui devrait être signé aujourd’hui par le président Bouteflika et Recep Teyyip Erdogan, Premier ministre turc, renforcera l’axe Alger-Ankara.

Il devait être signé avec la France, mais c’est à la Turquie que l’Algérie offre un traité d’amitié, sans conditions, ni réticence. “Les Algériens et les Turcs ont vécu ensemble et librement pendant 300 ans”, relate Ercümend Ahmet Enç, ambassadeur de la Turquie à Alger. L’histoire de la présence ottomane chez nous, certes, n’est pas rose, mais ne regorge pas de pages aussi sombres que le passé colonial français.
Comme pour mieux creuser cette dissemblance, M. Ercümend regrette que l’arrivée de la France en 1830 ait “cassé les liens très profonds” entre les deux peuples. Mais pas pour de bon. “Nous avons été éloignés par les vicissitudes de l’histoire, mais nos relations reprennent”, se réjouit le diplomate qui animait hier au siège de sa résidence une conférence de presse, peu avant l’arrivée à Alger du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.
Le recouvrement de cette proximité historique est célébré dans la solennité à travers la ratification d’un traité d’amitié sur lequel
M. Erdogan vient apposer sa signature à côté de celle du président Abdelaziz Bouteflika. C’est la seconde fois dans les annales des deux pays, depuis la chute de la Régence d’Alger, il y a deux siècles, qu’un officiel turc se déplace à Alger.
De son côté, l’Algérie n’avait jamais pris ce genre d’initiative jusqu’à l’année dernière, quand  M. Bouteflika se rendit en visite officielle à Ankara, la première depuis l’indépendance du pays.
Le seul à l’avoir précédé est l’Émir Abdelkader. Très féru de détails historiques, l’ambassadeur de Turquie, qui rapporte cette information, se projette également dans l’avenir. “Nos relations n’ont pas de plafond”, note-t-il enthousiaste.
Défendant son gouvernement de vouloir promouvoir des liens exclusivement mercantiles, il s’attarde sur l’attachement sentimental des deux peuples qui ont eu à exprimer leur solidarité, l’un envers l’autre, en des circonstances douloureuses, comme les séismes d’Izmir et de Boumerdès ainsi que les inondations de Bab El-Oued.
Ces retrouvailles s’expriment, par ailleurs, à travers le nombre d’Algériens (40 000) qui se rendent chaque année dans le pays du Bosphore. Sur le plan politique, l’ambassadeur trouve que l’Algérie et son pays “occupent des positions charnières dans le pourtour méditerranéen”, faisant d’eux des partenaires stratégiques d’une collaboration très étroite au sein des organisations internationales comme l’ONU, l’OCI (Organisation de la conférence islamique), l’OSCE (Organisation de la sécurité et de la coopération en Europe), l’OTAN et prochainement au sein de l’OMC (Organisation mondiale du commerce).
Sur un chapitre bien particulier, le terrorisme, M. Ercümend remarque que les deux États ont toujours “observé une opinion commune, réfractaire aux doubles standards internationaux en vigueur avant les attentats du 11 septembre 2001”. Sans doute, cette affiliation a donné ses fruits sous forme de rétribution pour les hommes d’affaires turcs qui, à l’instar de leurs ancêtres les Corsaires, font voguer sur la grande bleue non pas des vaisseaux de guerre, mais des navires chargés de marchandises.
“Nos relations économiques connaissent un véritable décollage du fait de notre harmonie politique”, admet le diplomate qui, chiffres à l’appui, reflète cet essor. En 2005, le montant des investissements turcs chez nous a atteint 2,5 milliards de dollars, soit une augmentation de 25% par rapport à 2004. Ne considérant guère l’Algérie comme un vulgaire bazar comme il en existe tant à Istanbul, M. Ercümend soutient que ses compatriotes, parmi les opérateurs économiques, viennent ici pour monter des usines. “Leur intérêt est d’installer une base d’investissements en Algérie pour approvisionner les pays limitrophes”, explique-t-il.
Selon lui, plus d’une trentaine de secteurs d’activité sont ciblés actuellement par les investisseurs turcs, dont la sidérurgie, les travaux publics, la chimie, le textile et la confection, les produits forestiers, le transport… Environ une centaine d’hommes d’affaires accompagnent le Premier ministre dans son déplacement. La levée des barrières douanières, comme pour l’accord de libre-échange avec l’Union européenne, est vivement souhaitée par Ankara. “Nous espérons le signer au plus vite”, affirme l’ambassadeur qui, à l’occasion, a révélé l’existence d’un projet de participation turque à la gérance de zones franches en Algérie.
Une autre aide totalement gracieuse, celle-ci, est offerte pour la restauration de sites historiques datant de l’époque ottomane, comme le Palais du dey dans la Haute-Casbah et la Grande-Mosquée d’Alger.
Ces lieux très symboliques seront visités cet après-midi par  M. Erdogan en compagnie de  M. Bouteflika.
Le Premier ministre prévoit également d’emprunter les dédales de la vieille ville et de prier dans la mosquée Ketchaoua, témoins de “la colonisation positive” sans doute. Forts de cette certitude, des députés turcs auraient exigé ces derniers jours de la France de reconnaître son génocide en Algérie.

SAMIA LOKMANE

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